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Cortisol : la vérité qu'Instagram ne vous dit pas

  • il y a 11 minutes
  • 4 min de lecture

Cortisol belly. Cortisol face. Cortisol cocktails miracles à boire au réveil. Depuis quelques mois, une seule hormone concentre toutes les accusations : fatigue, kilos qui s'installent, sommeil en miettes, teint terne. Le cortisol serait devenu l'ennemi public numéro un du bien-être. Sauf qu'on lui fait dire à peu près n'importe quoi. Démêlons le vrai du faux

L'hormone qu'on adore détester (à tort)

Avant d'être une tendance TikTok, le cortisol est une hormone vitale, produite par les glandes surrénales - deux petites glandes juchées au-dessus de chaque rein. Son rôle ne se limite pas au stress : elle régule le taux de sucre dans le sang, la tension artérielle, l'inflammation, et surtout notre horloge biologique interne.

C'est elle qui, chaque matin, vous met en route. Dans les 30 à 45 minutes suivant le réveil, le cortisol grimpe en flèche - c'est le fameux cortisol awakening response, ou CAR. Le neuroscientifique Andrew Huberman (Stanford) rappelle que ce pic matinal peut être jusqu'à 30 fois plus élevé que le niveau de cortisol en pleine nuit, et que la lumière du jour reçue dans l'heure suivant le réveil est le signal le plus fiable pour le déclencher au bon moment.

Sans cortisol : pas d'énergie, pas de réveil, pas de vie. Ce n'est pas une toxine. C'est un carburant.

Ce que votre corps a en commun avec un homme des cavernes

Rembobinons quelques dizaines de milliers d'années. Un chasseur-cueilleur croise un ours. En une fraction de seconde, ses surrénales inondent son organisme de cortisol, et deux mécanismes s'enclenchent simultanément.

D'abord, une décharge de sucre dans le sang : le foie puise dans ses réserves, les muscles font de même. Du carburant immédiat, prêt à courir ou à se battre.

Ensuite, plus subtil : le cortisol libère aussi les graisses stockées pour en faire une deuxième source d'énergie, de quoi tenir si la fuite s'éternise - et rend les muscles temporairement moins réceptifs à l'insuline, l'hormone qui range habituellement le sucre dans les cellules. Résultat : au lieu d'être mis en réserve, ce glucose reste disponible dans le sang, prêt à être brûlé sur-le-champ.

Génial... pendant les cinq minutes que dure la course face à l'ours. Le hic, c'est que le cerveau ne fait pas la différence entre un ours et un mail passif-agressif reçu à 23h. Le même mécanisme s'enclenche, sauf qu'il n'y a ni course ni combat pour brûler ce carburant mobilisé. Il reste en circulation, inutilisé, et l'insuline grimpe pour tenter de le ranger quelque part. Répété chaque jour, c'est ce déséquilibre-là, pas le cortisol seul, qui finit par pousser vers le stockage plutôt que vers la dépense.

Le "cortisol belly", ce n'est pas une légende - mais ce n'est pas toute l'histoire

Ici, les réseaux sociaux n'ont pas totalement tort. Sous la peau, il y a la graisse qu'on peut pincer. Plus profondément, autour des organes, la graisse viscérale — celle qui possède le plus de "portes d'entrée" pour le cortisol. Elle capte donc son signal plus fort, et stocke davantage.

Mais le cortisol a un complice indispensable : l'insuline. En laboratoire, des cellules graisseuses exposées au cortisol et à l'insuline en simultané ont produit jusqu'à 30 à 70 fois plus de nouvelles cellules graisseuses que le cortisol seul (Hauner et al.). Or c'est précisément ce duo que le stress chronique installe : le cortisol fait grimper le sucre sanguin, le pancréas répond avec plus d'insuline, et à force, les cellules y répondent de moins en moins bien,  il en faut toujours plus pour le même effet.

Verdict : c'est ce cercle-là, cortisol et insuline en excès, qui fait grossir le ventre, pas le cortisol en solo. Et l'alimentation compte tout autant dans l'équation : sucre et produits ultra-transformés font grimper l'insuline, stress ou pas. Le cortisol ouvre la porte. C'est souvent l'assiette qui la pousse le plus fort.

Le cocktail "anti-cortisol" : joli sur Instagram, inutile pour vos hormones

Jus d'orange, eau de coco, sel de mer, une pincée de crème de tartre — le fameux cocktail viral n'a jamais fait l'objet d'un seul essai clinique prouvant qu'il fait baisser le cortisol. Petit tour des ingrédients :

  • Le jus d'orange apporte de la vitamine C, réellement impliquée dans la réponse au stress - mais un verre de jus ne fait baisser aucune hormone pilotée par le cerveau. Pire , elle va augmenter votre taux de sucre dans le sang comme une flèche.….

  • L'eau de coco apportent du potassium, utile en cas de carence, sans lien démontré avec le cortisol.

  • Le sel est censé "soutenir les surrénales" - aucune preuve ne l'appuie, et trop de sodium fatigue plutôt la tension artérielle

Le verdict est sans appel : c'est une collation sympathique, pas un traitement hormonal. Le vrai régulateur du cortisol, c'est le sommeil, la lumière du jour, l'activité physique — et la gestion réelle de ce qui vous stresse. Donc, si vous cherchez à faire baisser votre cortisol, commencez par vérifier qu’il est réellement chroniquement élevé - ou au contraire anormalement bas, comme cela peut parfois s’observer en situation d’épuisement.

Un test salivaire réalisé sur une journée entière, avec plusieurs prélèvements suivant le rythme naturel du cortisol, permet d’évaluer sa courbe et d’avoir une vision beaucoup plus précise de votre situation.

 
 
 

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